La vie culturelle et artistique de la capitale allemande est pleine de surprises, d’innovation et d’extravagance. Si je me suis assagie ces derniers temps, je me souviens avec bonheur de mes premières années à Berlin qui furent riches en sorties culturelles. Spectacles dans des lieux insolites, bar clandestin, soirées arty, aventures nocturnes… Petit retour dans le passé ! Et pour découvrir la culture berlinoise, suivez notre visite Berlin branchée, arty et secrète.

Liste des soirées

Soirées ciné dans lieux abandonnés

Mon ami Alexander m’avait parlé d’un groupe d’individus organisant des événements culturels pouvant m’intéresser. Il s’agissait de s’inscrire à une mailing-liste et d’attendre une invitation pour une séance de cinéma clandestin. Celle-ci ne tarda guère, et était entourée d’un grand mystère.
Tout d’abord, il était rappelé aux participants de ne pas diffuser ce message ni le nom du groupe, où que ce soit sur Internet, et de rester le plus discret possible. Ensuite, un rendez-vous était donné, un soir à 21h, à la sortie d’un arrêt de métro. Il s’agirait ensuite de suivre des flèches inscrites à la craie au sol, là encore sans attirer l’attention, et en se dépêchant, car il faudra alors parcourir un kilomètre et une demi-heure plus tard les flèches seront effacées pour brouiller les pistes. Tout ceci nous mènera dans un cinéma clandestin où un film sera projeté.

Je m’y rends avec un couple d’amis. A l’heure dite et dans ce quartier normalement peu fréquenté, une foule dense s’amasse aux abords de la station. Il est 21h15 seulement quand un mouvement s’initie, et pour cause, les premières flèches viennent seulement d’être crayonnées. Il y a une bonne centaine de personnes et nous croisons plusieurs voitures de police qui ne sont sans doute pas là par hasard. Nous longeons un cours d’eau via des chemins forestiers non accessibles en voiture, les organisateurs nous font presser pour ne pas nous faire repérer. Finalement, alors qu’une voiture de police nous attend à la sortie du chemin, plusieurs personnes commencent à descendre une pente à travers bois pour se rapprocher de la rive et continuer dans la même direction, mais à travers bois et dans une telle obscurité que les policiers, quelques mètres au-dessus, ne peuvent nous voir. C’est bon, même si nous sommes très nombreux, on les a semé! Le reste du groupe suit, on continue de marcher un bon moment puis on remonte la pente très escarpée dans l’obscurité. Nous sommes enfin arrivés!

Chacun paye son entrée 5 euros et peut pénétrer dans une immense usine désaffectée. Des bougies sont disposées au pied des structures métalliques, un tissu tendu fait remplace l’écran de projection et dans un coin, une table éclairée d’une lumière rouge fait office de bar, où des bières et jus de fruit sont à disposition. L’arrivée de tout le monde prend un peu de temps, puis, avant que le film ne débute, un jeune homme joue du violon devant l’écran. C’est un peu inattendu dans cet endroit mais l’acoustique est bonne, ce n’est pas désagréable. Et enfin le film commence, c’est «Tout va bien» de Jean-Luc Godard (Alles in Butter en allemand). Il relate la prise d’otage d’un chef d’entreprise par ses employés au moment des événements de mai 1968 en France. Et l’action se situe principalement dans l’usine. On imagine avec peine que l’usine dans laquelle nous nous trouvons et dans laquelle le film est projeté ait pu connaître une aussi intense activité à son époque, et pourtant…!

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Photo: source

Le film étant en version originale française sous-titrée, j’ai particulièrement apprécié. Les sous-titres étant quasiment illisibles, cachés par les têtes d’autres spectateurs, ça devait donc ne pas être évident pour qui ne comprends pas le français.

Une fois la projection finie, chacun sort comme il peut et se disperse dans la rue. Il est minuit et les nuits sont encore bien fraîches, je me dépêche de rentrer, bien content de cette découverte!

Un opéra au Bode Museum

Plutôt que d’investir dans un décor antique, Christoph Hagel, le metteur en scène de l’opéra Titus a choisi de l’installer dans un musée d’art antique, le Bode Museum.

Situé sur l’île des musées, le Bode Museum a réouvert ses portes en 2006 après 7 ans de travaux et abrite une collection d’art byzantin, des sculptures et le cabinet des médailles.

Le spectacle commence dès le hall d’accueil à la grande surprise des spectateurs qui attendent que les portes de la salle de spectacle s’ouvrent : La lumière s’éteint, des projections apparaissent sous la coupole, la biographie de Titus défile sur les murs et l’orchestre commence à jouer.

Puis nous partons à l’aventure dans le musée, parcourons un couloir de sculptures et arrivons dans la salle de spectacle : un podium, trois rangées de chaises de chaque coté et un palmier pour compléter le décor.

Des enfants dansent, courent et se jettent des couronnes de laurier, des acteurs se battent dans leurs désirs et se morfondent dans la tragédie. Leurs états d’âme sont exprimés par une seconde incarnation, les chanteurs d’opéra. Un danseur, dont on peut voir chaque parcelle de muscle grâce à notre proximité avec la scène, nous entraîne dans son monde gracieux et turbulent. Complété par des projections sur les murs, le Titus de Christoph Hagel rassemble les arts.

Des mises en scène fantastiques dans un musée, j’en redemande.

Opera au Bode Museum

Une nuit à Teufelsberg

Depuis ma première incursion à l’ancienne base militaire de Teufelsberg mon rêve était d’y faire une fête. J’avais entendu dire qu’il y en avait régulièrement en été mais impossible de savoir quand. A chaque fois que j’en avais connaissance c’était déjà passé. Mais il y a deux semaines, ma recherche sur Google donne enfin ses fruits ! Une électro party est organisée du samedi 4 août (14h) au dimanche 5 août (22h) ! Je réserve le date.

Jour J. Mon objectif est de voir le lever du soleil de Teufelsberg. Je compte donc arriver à la fête vers minuit. Mais à 10h des amis qui y sont déjà me disent qu’ils font la queue depuis 2h ! Effectivement quand j’arrive à la station de S-Bahn le quai est presque bondé. Sur la route vers Teufelsberg il y a une procession de fêtards sur le retour. Je me dis que c’est peut être mauvais signe mais qu’en tout cas je n’aurai certainement pas à faire la queue car je suis la seule à aller dans la direction de la base militaire. L’avantage c’est aussi que je me sens moins seule sur cette route sombre sans éclairage au milieu de la forêt. J’aborde ensuite la longue route en lacet qui monte jusqu’à l’entrée du complexe. Je dois plusieurs fois descendre de mon vélo pour le pousser. Je croise toujours des gens dans le sens inverse. Parfois ceux en vélo n’ont pas de lumière et m’apparaissent au dernier moment, me semblant aussi réels que des fantômes.

J’atteins enfin mon but. Je dépose mon vélo et me dirige vers l’entrée. Mais là… mauvaise surprise. Les gens responsables de la fête annoncent au petit groupe qui veut entrer que la police est intervenue et qu’ils ne peuvent plus laisser entrer personne. Pourtant on entend toujours la musique au loin. Il est 1 heure du matin, j’ai traversé la ville et la forêt, affronté une terrible montée en vélo… pas question d’abandonner ! Plusieurs groupes de personnes munies de lampes torches se promènent autour des grillages, à la recherche d’un trou. Je les suis car j’ai oublié ma lampe de poche. Mais il ne semble pas possible de passer. Je me résigne à retourner à l’entrée et à attendre qu’on veuille bien me laisser entrer quand soudain je vois une bande d’aventuriers qui ont réussi à trouver une faille. Je me glisse avec eux à travers le grillage. Il faut maintenant rallier la fête sans se faire remarquer par les gardiens. Je me souviens de la configuration du lieu car j’étais entrée par le même endroit lors de ma première incursion. Je me dirige vers un taillis où je retrouve les escaliers qui mènent à un terrain supérieur. Plusieurs personnes me suivent silencieusement. Nous débouchons sur une clairière mais sommes désorientés et ne savons pas où aller. Soudain un gardien nous dit que ce n’est pas une sortie ici et nous montre la direction de la fête. Nous obéissons avec bonheur, nous voilà dans la partie !

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Il y a une scène rougeâtre où le DJ officie. Le son est obstinément bas mais reprendra de l’ampleur plus tard dans la nuit. Il y a des canapés, un feu de bois autour duquel des fêtards se sont rassemblés, une tente, un bar déjà en rupture de stock. J’avise une porte ouverte dans un bâtiment. De longs couloirs se poursuivent et je les suis jusqu’à ce que je tombe presque nez à nez avec l’un des types de l’entrée. Je bats discrètement en retraite. Il ne me reste plus qu’une barre de batterie mais c’est suffisant pour appeler mes amis et les retrouver. Sur la piste de danse je rencontre aussi par hasard mes anciens colocataires ! La musique est bonne même si elle n’est pas assez forte pour être vraiment ensorcelé. La piste de danse est beaucoup moins encombrée que je ne l’imaginais même si il faut un peu se battre pour tenir sa place devant les amplis. Bonne humeur est le maître mot. Mes amis décident de partir, fatigués de leur trop longue attente à l’entrée. Mes anciens colocataires quittent eux aussi la fête quelques heures plus tard. Mais je ne suis pas seule car j’ai fait de nouvelles connaissances qui m’accompagneront jusqu’au lever du soleil.

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Le ciel est de plus en plus clair même si il est un peu voilé par les nuages. Les coupoles de Teufelsberg commencent à s’égayer de la lumière du soleil. Peu à peu on distingue le visage de ses compagnons de fête, la décoration du lieu mais aussi tous les détritus, les bouteilles laissées au sol ainsi que ceux qui n’ont pas tenu jusqu’au bout, avachis par terre ou sur les canapés. Alors que je prends une photo le type de l’entrée qui était juste derrière moi me fait une remarque : Non pas de photo ! Je me crispe un peu car je me demande s’il se souvient qu’il m’a refusé l’entrée. Mais ouf c’était une petite blague et il est plus occupé à me draguer qu’à me virer. Après une pitchnette sur la joue il retourne à son poste.

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Je reste encore autour du feu en écoutant la musique et en discutant dans toutes les langues. Puis je rejoins l’entrée via un petit chemin dans la forêt appelé la route des rêves. J’y croise des nymphes qui ramassent les bouteilles. Sortie je suis le sentier le long des grillages jusqu’à un banc où je peux admirer le jour naissant sur la ville. Après plusieurs minutes de paix dans la forêt animée par les chants des oiseaux je remonte sur ma fidèle bicyclette et dévale la pente les cheveux au vent. Je croise plusieurs fêtards à pieds qui doivent me haïr de pouvoir rentrer si vite. Arrivée sur le quai du S-Bahn je regarde le panneau d’affichage. Le premier train passe dans une demi-heure. Poussée par l’euphorie de la soirée je décide de rentrer à vélo. Sous le soleil je traverse Berlin et passe à coté des monuments éblouis par la lumière du jour. 14 kilomètres plus tard je suis chez moi.

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Soundpainting au cinéma Delphi

Une façade grise dans une rue anonyme de Weissensee, les 6 lettres sur le fronton sont les seuls indices qu’un trésor dédié à la culture s’y cache. Dès qu’on y entre on sent le passé nous happer dans les années folles. Le long bar déploie ses bras dans la lumière rouge et nous dirige vers un tunnel obscur que quelques bouches illuminent. Passons par l’une d’elles pour découvrir la salle principale parsemée de tables et de spectateurs. Les murs voutés autour de la scène portent la marque des années de fête. Comme dans un bâtiment encore abandonné les peintures sont écaillées.

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Il faut dire que l’ancien cinéma muet Delphi vient seulement de se réveiller d’un long sommeil. Ce n’est qu’en 2012 qu’une équipe artistique a pris en charge le bâtiment croulant pour lui redonner vie. Ouvert en 1929 il avait été conçu pour accueillir 900 spectateurs. Peu endommagé par la guerre le Delphi rouvrit dès juillet 1945 sur ordre d’un général russe qui avait compris que la culture était un élément primordial à une époque où les Berlinois étaient assaillis par la faim et les maladies.

Malheureusement on n’examina pas assez consciencieusement le bâtiment dont le toit souffrait d’humidité et des morceaux de stuc commencèrent à pleuvoir sur les spectateurs. En 1959 le cinéma fut privé de ses films et devint successivement un entrepôt à légumes, une laverie puis un showroom d’orgues jusqu’en 2005. Aujourd’hui les nouveaux gérants aux motivations artistiques louent l’espace à ceux qui souhaitent y organiser des événements.

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Photo : Maria Letichetta Massetti

Après plusieurs occasions manquées je me rendis enfin au Delphi pour assister à un concert du Berlin Soundpainting Orchestra. Le soundpainting est un langage gestuel formé de près de 1200 signes. Un peu comme un chef d’orchestre, le soundpainter communique par ce langage avec ses musiciens et artistes et il développe la composition en fonction des réactions de ces derniers. Cette performance artistique est donc une improvisation géante !

J’avais déjà eu l’occasion d’entendre le Berlin Soundpainting Orchestra à l’occasion d’un concert joué sur des films muets surréalistes des années 20 au cinéma Babylon. Moi qui suis fan d’absurde, j’avais adoré la manière dont cette musique expérimentale habillait les films barrés de Luis Buñuel et Salvador Dalí. Cet orchestre s’est formé en 2011 et réunit une quinzaine d’artistes de toutes les nationalités.

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delphi3Photo : Sara Martinez

Cette fois-ci il était encore question de films surréalistes, ceux créés en instantané et dans le cadre du soundpainting par un vidéo artiste Avec quelques images de films de Georges Méliès en noir et blanc et beaucoup d’éléments graphiques divers l’artiste créé en fonction de la musique improvisée du Berlin Soundpainting Orchestra. Oubliez votre logique et laissez-vous entrainez dans ce voyage visuel et sonore qui vous entraîne une heure durant dans un rêve musical et fantasmagorique.

Le rideau ne peut plus tomber sur la scène mais les applaudissements marquent la fin de la performance. Le cinéma a retrouvé la parole le temps de quelques heures. Je monte à l’étage supérieur pour profiter encore de ce décor déchu.

Les rues de Weissensee sont calmes en ce dimanche soir. Pourtant cette banlieue de Prenzlauer Berg fut à une époque le petit Hollywood d’Allemagne. De nombreux films y furent tournés, notamment le cabinet du Dr Caligari. D’ailleurs une place à proximité du cinéma Delphi porte le nom de Caligari. Je passe devant une ancienne fabrique de pain qui a été transformée en cinéma et centre culturel nommé le « Brotfabrik » ! C’est ainsi, à Berlin on s’évertue à réinventer des fonctions aux lieux qui en avaient déjà.

Soirée Anomalie

Anomalie est un espace artistique et culturel. Il comprend un biergarten l’été, un club le week-end, des espaces d’expositions où se déroulent des événements de toute sorte et depuis peu un restaurant. Les informations sur ce lieu sont contradictoires. Il semble qu’il ait ouvert ses portes le 31 décembre 2017, mais d’autres articles trouvés sur Internet suggèrent qu’il existait bien avant. Ce qui est certain, c’est que c’est l’une de mes découvertes les plus excitantes de l’année  !

A la recherche de nouveaux restaurants berlinois, je suis tombée sur un article qui parlait de dîners événementiels dans des lieux originaux. C’est ainsi que j’ai découvert Lamifa, un restaurant apparemment situé en pleine zone industrielle, dans le quartier peu séduisant autour du S-bahn Landsberger Allee.
Je décidai de tester ce nouveau restaurant, aussi ouvert certains midis, avec l’un de mes amis. Après 20 minutes de vélo et la recherche du numéro 123 dans le dédale industrieux de la Storkower Strasse, nous ne trouvions qu’une porte close sur laquelle était taguée Lamifa. Nous fîmes le tour du bâtiment, mais aucun accès visible. J’appelais le restaurant sans succès. Il était pourtant bien là, visible derrière les hautes vitres. Mais la lumière était éteinte. Ce sont les risques du métier quand on teste de nouveaux lieux, ils nous posent parfois des lapins.

Le restaurant était quand même intrigant, je décidai de réserver pour y dîner un vendredi soir avec deux amis. Cette fois-ci, c’est la nuit que nous arrivâmes sur les lieux, dans la ruelle mal éclairée. Plusieurs taxis déposaient des gens devant une porte ouverte dans une palissade en bois. Nous les suivîmes et arrivâmes à l’entrée de ce qui devait constituer un club en plein air. Un type assis sur une chaise, le videur (?), n’avait pas l’air au courant de l’existence d’un restaurant, mais nous laissa entrer. A la caisse, on nous renseigna.

Nous traversâmes l’espace extérieur du club et poussâmes une porte. Un espace distordu nous accueillit, éclairé par des néons suspendus. Nous croisâmes des personnes aux tenues délirantes, vîmes une pièce aménagée comme un podium de défilé de mode et aperçûmes enfin le restaurant derrière de grandes cloisons vitrées. Espace aéré, photos en noir et blanc aux murs, belle vaisselle et serviettes blanches sur les tables… Un restaurant chic se tenait sous nos yeux !

Il n’y avait ni prix ni menu indiqué sur le site internet du restaurant. Je n’avais pas pensé que nous arriverions dans un tel établissement, caché dans une zone industrielle. Le menu complet était à 40 euros, mais il était possible de prendre les plats à la carte. Ces derniers étaient délicieux, mais pas très copieux. Si vous avez faim, mieux vaut opter pour le menu. Une grande tablée de cinquantenaires était déjà là, plus tard complétée par d’autres groupes de Berlinois branchés.

Après le repas, nous allâmes voir ce qui se passait dans la salle adjacente qui s’était bien remplie. Il n’y avait pas de défilé, mais un concours de voguing. Difficile de définir cette sorte de danse, je laisse Wikipédia le faire. Ce qui est certain, c’est que c’était l’occasion de se trouver dans une superbe atmosphère, rythmée par le DJ, les animatrices du concours et les superbes participants qui défilaient et dansaient dans leurs attirails aussi loufoques que raffinés. L’introduction idéale à une longue soirée berlinoise qui nous donna envie de retourner à l’Anomalie.

Dimanche soir dans un bar clandestin

Trouver un bar clandestin à Berlin

Les bars illégaux étaient légions dans le Berlin des années 80, en particulier dans le quartier de Mitte. Aujourd’hui il y en a beaucoup moins. Mais avec beaucoup de chance on peut en entendre parler et se voir confier l’adresse d’un bar clandestin.

L’ami d’un ami à un ami nous a emmené dans l’un d’eux.

Dans le quartier de Rosa Luxemburg Platz, une rue, un porche, un numéro et un panneau d’entrée. On sonne à l’un des noms, la porte est déverrouillée. On pénètre dans une cour sombre et l’on se dirige vers une entrée à gauche. Au deuxième étage la porte de gauche est entrouverte, un rai de lumière et de musique filtre.

On entre dans un petit appartement, cuisine, toilettes et surtout une salle de 20 mètre carré dans lequel trône le bar clandestin. Tous les dimanche à 19h il y a un concert, plutôt de la musique « expérimentale » qu’elle soit produite avec des ordinateurs ou des trompettes.

Une petite douzaine de personnes est assise sur des chaises ou par-terre. Le bouche à oreille est le maître mot pour qui veut venir.

Le décor est digne d’un squat d’artistes : abat-jour réalisé avec des gobelets en plastique, figurines peintes, fausse coupole en plastique et sculptures sortant des murs.

Ce bar sans nom existe depuis 6 ans mais c’est bien la seule information que me donne le tenancier. Il me dit que l’histoire de ce lieu est propre à chacun, à nous d’imaginer l’histoire qui nous plaît. D’après le secret barman, Napoléon se serait réfugié ici et aurait constitué un ménage à trois avec deux femmes… Les français sont vraiment partout à Berlin !

PS : Désolée pour la qualité de la photo, mon appareil n’avait évidemment plus de batterie. Tant pis elle reflète l’ambiance musicale et alambiquée de ce bar secret.

Soirée philosophique au Erreichbar

Le bar associatif Erreichbar à Berlin

Comment je me suis retrouvée au milieu d’un débat sur l’étude du cerveau au fin fond d’une cave ? Je ne parviens toujours pas à me l’expliquer ! Je m’étais rendue au Erreichbar pour avoir quelques informations sur le lieu (je suis en effet en pleine rédaction d’un ouvrage sur Berlin, je vous en dirai plus très prochainement).

Histoire du Erreichbar

Il s’agit d’un bar associatif qui se trouve dans le dernier « Bezirkhaus » de Berlin. Cet immeuble situé au Reichenbergerstr 63a fut squatté dans les années 80. Afin de réguler la situation des squatters la mairie a loué le bâtiment qu’elle sous loue aux habitants actuels. Cette solution jugée idéale à cette époque est aujourd’hui problématique car certains des occupants de cette Bezirkhaus n’ont pas payé leurs loyers depuis 2001. Face aux dettes qui s’accumulent la mairie veut stopper le contrat établi avec les locataires. Ces derniers seraient alors obligés de s’acquitter d’un loyer « normal », 25% plus élevé que ce qu’ils payent actuellement.

C’est donc pour en savoir plus que je me suis rendue à l’Erreichbar à l’occasion d’un évènement qui y était organisé. Malheureusement je n’avais pas regardé de quoi il s’agissait en détail.

Une soirée intellectuelle

J’arrivais un peu en retard mais je n’étais pas la seule. Deux personne me précédaient et s’acharnaient à ouvrir la porte. Après quelques efforts, celle-ci laissa enfin filtrer la lumière rouge qui émanait du bar avant de s’ouvrir en grand. Une trentaine de personnes étaient sagement assises autour d’un intervenant qui enchaînaient les mots compliqués. L’assemblée était relativement jeune, sérieuse et concentrée. Je m’assis sur un bout de canapé à coté d’une jeune femme qui me regarda bizarrement tout en retirant ses chaussures. On me fit passer une photocopie où s’étalait le programme :

Kritik der Hirnforschung

Einleitung

1. Position der Hirnforscher
2. Widersprüche der Hf
a. Stimmen die Resultate der HF , könnten sie sie nicht haben
b. Ihre Erklärung von Gründen für Handlung ist widersprüchlich
3. Argumente der Hirnforscher
a. Mentale Phänome korrelieren mit Gehirnaktivitäten
b. Das Libet-Experiment
c. Weil der Dualisme falsch ist, ist die Position der Hirnforscher nicht richtig
4. Politische Relevanz
a. Affirmation jeglicher gesellschaftlicher Zustände
b. Ursachen psychischer Krankheiten sind im Gehirn
c. Biologismus
d. Manipulation chirurgisch oder chemisch
e. Naturliche Willensunfreiheit als Kitt gegen Widerspruch zw. Freiheitideal und Zwänge

Je vous fais grâce des citations qui remplissaient le reste de la feuille. Vous imaginez mon effroi face à un tel programme. Même si je me débrouille suffisamment en allemand pour suivre une discussion, le thème était au-delà de mes compétences linguistiques.

C’est ainsi que la torture commença. Le monologue de l’intervenant principal était ponctué par les grincements de la porte, quand de nouvelles personnes tentaient d’entrer. Après 5 minutes qui ressemblèrent à un quart d’heure, ce fut au tour du public de participer.

Personne ne pipait mot. De mon coté je me demandais comment j’allais me sortir de cette situation. J’étais coincée contre un mur. Pour m’échapper il me faudrait passer entre le speaker incompréhensible et l’assistance hypnotisée. De toute façon la porte était devenue infranchissable, personne ne parvenait plus à l’ouvrir.

Après un long silence qui ne sembla déranger personne, pas plus le punk qui mangeait une pomme que ma voisine en chaussettes, l’un des organisateur du débat tenta de déverrouiller la situation et encouragea les gens à participer. Ce fut un réel succès. Les uns après les autres ils commentèrent les premiers arguments fournis par l’intervenant principal : la jolie femme au crâne rasée surmontée d’une casquette, le garçon qui semblait avoir 12 ans, le blond aux cheveux aussi longs que son visage, la nana aux beaux yeux et crâne rasée (elle aussi !), l’intello un peu grassouillet, le métis aux sévères lunettes… On ne les arrêtait plus !

Après une heure et 45 minutes nous n’avions toujours pas atteint le point 2b. J’avais depuis longtemps cessé de tenter de suivre la discussion… je ne comprenais qu’un mot sur trois. Je m’étais plongée dans la contemplation du public qui se battait pour avoir le droit à la parole. L’organisateur attribuait des numéros à ceux qui voulaient parler afin que chacun puisse s’exprimer. Certains avaient quand même déclaré forfait et avaient tenté de s’enfuir, sans succès. Une visite aux toilettes au fond du bar était le seul divertissement possible.

Enfin l’organisateur déclara qu’il était temps de faire une pause, mettant ainsi fin à mon calvaire. Je me promis de revenir au Erreichbar à l’occasion d’un évènement moins intellectuel et partis sans demander mon reste.

Punkt ! comme disaient les participants une fois leur argumentation terminée.

Découvrez d’autres lieux engagés en suivant notre visite guidée du Berlin alternatif.

Soirées matinales

Faire la fête le matin ? Rien de neuf à Berlin où les boites de nuit sont ouvertes en journées et où les soirées durent 48 heures. Mais une fête le matin sans alcool, sans fumée de cigarette et sans drogue, ça c’est innovant ! Un concept importé de Londres où les traders stressés vont danser avant d’entrer en salle des marchés. A Berlin on ne travaille pas mais on ne loupe pas une occasion d’aller s’amuser. Je suis allée tester la troisième édition du Morning Gloryville Berlin.

Pour une fois j’ai acheté les billets en avance, comme ça je ne pouvais pas me démotiver le jour J. De fait, se lever tôt pour aller danser un mercredi matin demande un certain degré de motivation même si certains le font tous les week-end pour aller au Berghain. Sauf que cette fête matinale est l’anti-Berghain, une fête propre, bio, joyeuse, familiale presque vegan… une tendance de fond à Berlin.

Heureusement que j’habite à 5 minutes du Neue Heimat où se déroule la soirée/matinée. J’y suis à 8 h mais déjà une file de gens s’allonge devant l’entrée. J’aurai dû venir à l’ouverture à 6h30… Et le billet ne donne pas droit de passer devant tout le monde, d’ailleurs tout le monde a un billet. Ceux qui n’en n’ont pas sont condamnés à attendre devant la porte en espérant qu’il y ait de la place, sans quoi ils se seront levés pour rien. Heureusement j’ai des amis plus matinaux que moi et mieux placés dans la file.

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L’entrée dans le hangar du Neue Heimat est éblouissante. Alle Farben est déjà aux platines, les clubbers sont vêtus de vêtements colorés et dansent, aussi acharnés que Véronique et Davida. Certains sont même déguisés, d’autres font du yoga en rythme derrière le DJ et des caméramen filment les danseurs stylés… Tout respire la bonne humeur, l’énergie et la joie. Pas d’odeurs désagréables de sueur et de tabac, tout le monde a pris sa douche et s’est brossé les dents. Le jour passe à travers les fenêtres sans que cela soit gênant. Au contraire on peut voir le visage des gens autour de soi et c’est plutôt joli à voir. Les hommes sont rasés de près, les filles bien coiffées et maquillées.

Si vous n’avez pas eu le temps de vous apprêter, direction le stand maquillage pour que l’on vous peinturlure de paillettes. Avec un peu de chance l’un des photographes de Morning Gloryville tombera sous votre charme et vous serez en gros plan sur leur page Facebook.

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Mais attendez ! Des paillettes !!! A moins de travailler dans le monde de la nuit ou dans un magasin de farces et attrapes, votre arrivée au bureau risque d’être burlesque ! Heureusement la plupart des participants ne travaille pas, ce n’est pas un souci. Après un sondage réalisé auprès d’un échantillon représentatif, 1 cinquième des clubbers prendra le chemin du bureau après la fête, 2 cinquièmes sont étudiants, 1,9 cinquième sont freelance et le 0,1 cinquième n’a pas été en mesure de répondre à la question. En effet certains avaient quand même perduré la tradition de l’after berlinois et avaient déjà bien fait la fête avant de se rendre au Morning Gloryville. Pour se sentir bien, ceux-là n’auront pas besoin des massages prodigués dans un coin de la salle par des professionnels au cou orné de colliers de fleurs artificielles.

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En chemin vers le stand café je trébuche presque sur une personne de petite taille, un enfant ! Oui, on peut venir faire la fête avec ses petits puisqu’il n’y a pas de fumée de cigarettes ni d’alcool à disposition. Il faut juste leur couvrir les oreilles de ces casques colorés de mini hipster.

Vous l’aurez peut être compris je suis une rabat joie, je ne suis pas tombée sous le charme de cette fête matinale et bon enfant qui m’a épuisée pour le reste de la journée. Mais la plupart de mes amis présents et des personnes interviewées ont adoré le concept et sont déjà accro. Il parait que ça leur a donné la pêche et qu’ils étaient de bonne humeur toute la journée. Donc à votre tour de tester !!!

En attendant, une interview de celle qui a importé le concept à Berlin. Une vidéo réalisée par Django Radio :

Dîners alphabétiques

A comme amuses
B comme black
C comme chance
D comme dede
E comme élections
F comme futur
G comme gestern
H comme Victor Hugo
I comme Inventaire

Sortis de l’imagination de deux cuisiniers français installés à Berlin, Françoise Desbois et Pierre Lejeune, les dîners alphabétiques existent depuis mars 2012 . Les repas thématiques sont régulièrement organisés autour de la lettre du moment et transportent la vingtaine de convives dans un festin tel qu’on en trouve rarement à Berlin. Car on ne va pas se mentir, difficile de faire vibrer ses papilles dans la capitale allemande… Ici les plats originaux nous font découvrir des aliments et des saveurs inconnus : Calamar fourré au risotto noir et girolles, filled with black Risotto, Girolles ; soupe de banane et amandes avec un zeste de citron ; Brie de Meaux, Nori et Truffe…

Autour d’une grande table on fait connaissance avec ses voisins et l’on parle toutes les langues. Le repas est animé par les conversations des convives mais aussi par des histoires et des jeux autour du thème de la soirée. Ainsi lors du repas C on tirait au sort son menu (rouge ou noir) et celui qui avait le ticket en or ne payait pas son repas ! Pour le dîner E l’élection du meilleur plat fut organisée. Quant au repas Victor Hugo il fut égayé par une lecture et des histoires sur les personnages de Victor Hugo représentés par un plat.

Jeudi 23 août 2012 c’est la lettre I. I comme Inventaire car c’est la dernière fois que le dîner sera servi au 13 de la Lausitzerstrasse. Les prochains repas auront lieu à d’autres adresses encore tenues secrètes… Au menu de cet inventaire, une sauterie dînatoire avec un best-of des plats servis de A à H, un prix spécial de 12 euros (boissons non incluses), un nombre illimité de places, une ambiance informelle et la possibilité de discuter avec les cuistots arrachés à leur cuisine !

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Crédit photo : Tomte

Une journée de 28 heures

J’habite dans une rue formidable peuplée de bars, de restaurants, de bébés à vélo, de touristes français, du Klub der Republik (nous en reparlerons) et d’une Ballhaus (salle de bal) qui est ma voisine directe.

La « Ballhaus Ost » étant officiellement fermée pendant l’été j’attendais avec impatience la rentrée pour profiter des spectacles qui y seraient donnés. Pourtant jeudi dernier il y avait de l’animation : des vigiles, des barrières, de jolies femmes, des fumeurs à l’extérieur et de la musique à l’intérieur. J’étais curieuse de savoir ce qui s’y passait mais… pas invitée.

Assise sur le large rebord de ma fenêtre j’observais. Jusqu’à ce que je voie l’un des invités me faire signe de la main. Il me dit de descendre et de venir profiter de la fête. Oui, être une femme est parfois utile.

Un coup de rouge à lèvre plus tard, j’étais devant l’entrée. Mon hôte est allé à l’intérieur pour récupérer un nom sur la liste des invités. Après avoir parfaitement déclamé au vigile mon nouveau prénom allemand avec mon accent français, j’ai pu franchir le seuil de la Ballhaus Ost.

Au bout d’un long couloir obscure j’arrive dans une pièce immense, la salle de bal évidemment. L’ambiance est survoltée, le bar est ouvert, la musique électro, les filles sont des mannequins, les hommes des metteurs en scène. Enfin j’exagère peut être un peu, mais cette fête était une soirée de récompense (pour quoi ou pour qui, je n’ai pas compris) et il y avait du beau monde.

Le leitmotiv de la soirée : « Der Tag hat 28 Stunden » (*la journée dure 28 heures). Voilà qui me correspondait bien, moi qui pensait que ma journée se terminerait à minuit.

soirée Ballhaus Ost Berlin

Passer à la télé

Grâce aux bons plans d’un de mes collègues, j’ai pu assister deux soirs de suite au tournage de deux émissions d’ARTE lounge, « Arte Lounge ». Il suffit d’envoyer un mail (arte-lounge@studio-tv-film.de) et vous pouvez entrer gratuitement.

L’objectif de l’émission ARTE lounge est de se faire rencontrer des artistes de style et de nationalités différents. Ainsi les musiciens de piano croisent ceux de mandoline, des acteurs comiques nous font rire sans parler, les rappeurs succèdent aux chanteuses lyriques… Quels que soient vos goûts, vous trouverez forcément votre bonheur pendant la soirée et découvrirez des arts inconnus. A la fin de l’émission, les différents artistes se retrouvent et nous offrent un morceau de musique unique et original. 

L’ambiance est très détendue, beaucoup plus que le tournage des émissions en France. Il est facile d’approcher les artistes. C’est le bon endroit pour avoir un autographe de ZAZ ou Féfé (ex membre du Saïan Supa Crew). En plus c’était le club Maria am Ostbahnof qui accueillait les caméras de l’émission, l’occasion de (re)découvrir cette salle version lounge !

Affiche de l emission Arte Lounge

Une comédie musicale au Berliner Ensemble

Grâce au magazine culturel francophone et berlinois, Berlin Poche, j’ai gagné deux places pour une comédie musicale Inselkomödie. Je ne cessai de croiser l’affiche provocante de cette pièce et j’étais vraiment intriguée de savoir ce qui se cachait derrière.

Cerise sur le gâteau, la représentation se faisait au Berliner Ensemble, le théâtre fondé par Bertolt Brecht. L’intérieur du bâtiment est ravissant, la salle relativement petite et ce qui sert de rideau pour cacher la scène ressemble à une grande porte de garage.

Après avoir retiré mes places au guichet VIP (merci Berlin Poche !), je me suis intéressée aux différents articles de presse accrochés au mur. La star de la pièce est Johannes Heesters, 106 ans et aveugle, le plus vieil acteur du monde ! Les autres personnalités sont Caroline Beil, actrice et présentatrice, et Florian Fries le jeune composteur de la pièce.

L’histoire ? Des femmes grecques s’opposent à l’installation d’une base militaire sur leur île et font pression en entamant une grève du sexe, au grand dam de leur mari.

Heureusement que j’avais lu le résumé car, comme je m’y attendais, je n’ai pas tout compris. Mais cela ne m’a pas empêché passer un très bon moment et de beaucoup rire.

Les scènes sont plutôt enlevées et les habits aussi ! Au bout de 10 minutes, voilà une paire de fesses masculines nues. Puis c’est un tourbillon de jambes, de nuisettes, de dentelles, de slips kangourous, de torses poilus… Rassurez-vous, rien de porno ! Juste des femmes aguicheuses et des hommes décontenancés (et déconfits) par leur résolution de fer.

Le théâtre Berliner Ensemble à Berlin

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