You are currently viewing La villa oubliée de Goebbels

Le Bogensee est tristement célèbre pour être le lac au bord duquel fut construite la villa de Goebbels, ministre de la propagande nazie. Celle-ci est aujourd’hui fermée.

« La ville de Berlin » lui avait offert le terrain et les 500 hectares autour à l’occasion de ses 39 ans ! Il venait s’y reposer en famille, loin du tumulte berlinois, au milieu d’une forêt apaisante. La propriété est ensuite utilisée pour la construction d’une université communiste. Depuis 2008, la ville de Berlin, propriétaire du terrain, essaie de le revendre. Mais le fait d’inclure ou non la villa de Goebbels dans le package immobilier fait polémique. Pour le moment les lieux restent abandonnés, bien qu’entretenus et surveillés, notamment du fait du passé particulier de la villa.

Lieu étrange. Un plan à l’entrée du parc indique l’emplacement des différents bâtiments. Pourtant, on ne croise pas vraiment de touristes en goguette, juste des voisins qui font leur promenade du dimanche, bébé sous le bras et chien en laisse.

Mi-entretenu, mi-sauvage nous traversons l’ancien immense campus et finissons par trouver la fameuse villa Goebbels. La modeste demeure fut construite en 1939 et comprend 30 chambres sur une surface de 1600 m². Un bâtiment administratif, une maison d’hôtes et un bunker complétaient la propriété dont les frais d’entretien étaient très élevés. Imaginez seulement le prix pour acheminer l’électricité jusqu’à cette maison isolée au milieu de la forêt et équipée d’une soixantaine de téléphones. On y recevait des soldats SS, mais aussi des artistes, dont certaines étaient les maîtresses de Goebbels. Plus tard, la famille de Goebbels s’y installa aussi et ses six enfants se rendirent à l’école toute proche du village de Wandlitz. Difficile d’imaginer comment Goebbels a pu trouver l’inspiration pour la rédaction de ces discours racistes dans ce havre de paix. Nous faisons le tour de la villa de Goebbels à la recherche d’un éventuel accès. Mais il nous apparaît rapidement qu’il est impossible d’y entrer bien que l’on puisse observer quelques pièces de l’extérieur à travers de grandes baies vitrées. L’intérieur de la villa semble de fait en excellent état et nullement dégradé.

Nous voulons ensuite faire notre pique-nique auprès du lac que nous imaginons idyllique. Après 500 mètres dans la fraîcheur de la forêt, nous apercevons un morceau du lac. Son accès semble difficile, obstrué par les branches mortes et les ronces. L’eau recouverte de nénuphars ne semble de toute façon pas idéale pour se baigner.

Nous retraversons ensuite l’immense parc parsemé d’imposants bâtiments soviétiques. Ils ne sont pas sans rappeler ceux de la Karl-Marx-Allee et ont de fait été construits par le même architecte communiste. La propriété avait été utilisée comme hôpital après la guerre, puis dès mars 1946, offerte à la jeunesse communiste allemande qui y fonda une université. On y trouvait aussi un coiffeur, une épicerie, une garderie, les logements des enseignants, et à partir des années 50 des habitations pour les étudiants. L’université accueillait plus de 500 étudiants, notamment des jeunes étrangers qui venaient des pays communistes amis, et l’on y parlait 18 langues. En 1981 le chancelier de la RFA, Helmut Schmidt y tient une conférence de presse lors de sa visite historique en RDA.

Après la chute du mur, les bâtiments sont régulièrement utilisés pour des formations diverses, sans qu’une nouvelle fonction soit trouvée sur le long terme à ce parc immobilier. Son entretien entraîne des frais extrêmement élevés (225 000 € annuellement) c’est pourquoi la ville tente de revendre l’ensemble, sans succès pour le moment. Seuls les néonazis se portent candidats à son achat…

Comme pour la villa de Goebbel, nos tentatives pour explorer l’intérieur de ses bâtiments intrigants échouent. Les fenêtres ne sont pas murées, mais aucune n’est brisée, régulièrement remplacées il semble, et bien entendu hors de question de se lancer dans le vandalisme même si nous sommes très curieux de découvrir ce que renferment les larges murs soviétiques. Nous attendrons la prochaine journée du patrimoine durant laquelle les bâtiments seront peut-être ouverts au public. En attendant, la promenade dans ce campus déserté est bien agréable. Nous sommes de nouveaux seuls et ne croisons que des amoureux de pierre qui s’embrassent dans les fourrés.

 

Cette publication a un commentaire

  1. Christophe Coeckelbergh

    Lu avec intérêt suite à la diffusion du documentaire d’Antoine Vitkine consacré à Magda Goebbels (2017), ce soir sur « Infrarouge » (France 2), qui montre des images d’époque de cette villa. Merci.

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