Quand on survole la ville avant d’atterrir, on découvre que Berlin est l’une des villes les plus aquatiques d’Europe. Traversée par la Spree et longée par la Havel, elle est entourée de lacs reliés par un dense réseau de canaux.
Monter à bord d’un bateau permet de changer complètement de perspective : les façades s’observent différemment, des bâtiments invisibles de la rue apparaissent subitement, les rives verdoyantes s’invitent à bord… Aux beaux jours, la promenade sur l’eau devient une parenthèse agréable, à la fois visite et moment de détente, qui offre une lecture plus paisible et plus large de la ville.
A travers notre offre de croisières et le récit de nos expériences personnelles, découvrez comment aborder Berlin côté fleuve.
1. Nos croisières privées
Avec notre partenaire anglophone, nous proposons 3 croisières privées au départ du port historique de Berlin. En 2 à 3 heures, vous pouvez naviguer dans le centre historique ou découvrir les quartiers verdoyants et festifs qui longent la Spree. Les bateaux peuvent accueillir jusqu’à 30 personnes. Nous pouvons aussi organiser des croisières pour des groupes plus importants et vous offrir des services complémentaires : guide francophone, repas, animations…
2. Louer un bateau : notre expérience à Müggelsee
Que faire quand les plages des lacs berlinois sont bondées ? Et bien prendre le large avec des amis dont certains, si possible, savent naviguer, et au milieu de l’étendue aquatique, se jeter à l’eau !
C’est ainsi qu’un lundi matin un peu gris nous primes le S-Bahn jusqu’à la station Friedrichshagen . De là, même pas le temps de prendre un café, le tram arrive, on le prend au vol et on atterrit dans un port. Juste à temps pour les premiers rayons du soleil qui avait dû trop faire la fête le week-end et ne s’éveillait que maintenant.

Mon amie M. toujours bien organisée, avait réservé un bateau à moteur pour les 8 vacanciers que nous étions. La navigation était assurée par Fl. marin expérimenté et fiancé hollandais de mon amie F. (vous savez, celle qui a fait fortune à l’occasion d’une course de chevaux). Chacun avait apporté de quoi manger et boire, nous devions pouvoir survivre plusieurs jours en cas d’échouage sur une île abandonnée. On indiqua à Fl. comment maîtriser ce bateau qui peut se conduire sans permis. Apparemment il faut anticiper car il s’écoule un certain temps entre le moment où l’on tourne le gouvernail et celui où le navire réagit.
Les maillots de bain étaient ajustés, nous étions parés.

L’agilité de notre capitaine fut mise à rude épreuve dès la sortie du port. Nous traversâmes d’abord la Grosser Müggelsee et pûmes admirer une brasserie abandonnée (décidément elles sont partout !). Il s’agit de la Berliner Bürgerbräu Brauerei construite en 1869 qui produisit de la bière jusqu’en 2010.
Puis nous entrâmes sur un canal parfois assez étroit. C’est la porte d’entrée à la petite Venise, un adorable quartier constitué d’une dizaine de petits canaux bordés par d’élégantes demeures. Nous avons repérés quelques maisons et terrains à vendre et avons commencé à imaginer acheter en commun l’un de ces petits paradis. Puis on s’est dit que c’était un coup à se fâcher et que de toute façon ça devait être l’horreur pendant les inondations. On s’est donc contenté de commenter le bon goût (ou parfois le mauvais) des maisonnettes et jardinets.
Nous fûmes dépassés par un gros bateau de touristes, certainement jaloux de notre luxueuse embarcation, et Fl. fit preuve de la plus grande dextérité pour éviter que nous échouions sur l’un des nains de jardin qui se prélassait au bord.

Plus nous approchions de Dämeritzsee plus les maisons grossissaient. Nous arrivâmes à l’embouchure. Enfin de l’espace pour faire des zigzag sur l’eau et passer la barre au petit frère de Fl. Nous avons choisi avec soin notre lieu de baignade où jeter l’ancre. Malheureusement les réjouissances aquatiques furent de courte durée. En effet un gang de cygnes nous prit d’assaut dans l’espoir de nous voler nos victuailles. Nous dûmes abandonner notre bain à cause de ces pirates. Nous fîmes un nouvel essai un peu plus loin mais là encore ils tentèrent de nous attaquer. Heureusement un autre bateau de touristes plus généreux se trouvait à proximité et ils nous laissèrent en paix.

Nous reprîmes notre éreintante croisière, allongés en maillots de bain à l’avant du bateau en dégustant de délicieux sandwichs concoctés par F. Les bras de la Spree s’enchainaient : Seddinsee, Kleine Krämpe, Längersee, Dähme… Nous tentions de compter les adeptes FKK (Frei Korper Kultur = naturisme) que nous rencontrions mais nous dûmes abandonner face au nombre incalculable qui peuplait les eaux.

Nous abordâmes sur une étrange plage pour manger une glace. Grâce à l’habileté de l’équipage, nous accostâmes sans problèmes le long du ponton. Nous n’avions pas le droit de traverser la plage sans payer une taxe. Nous restâmes donc dans la zone gratuite et observâmes les quelques estivants, perdus sur le sable entouré par des bâtiments sans charme (sauf peut être les frises travaillées sur les frontons). Cette ambiance presque glauque nous poussa à reprendre le large.
Nous arrivâmes à Grünau et je pus deviner la silhouette de la salle de bal abandonnée que j’avais visité deux ans auparavant. Nous fîmes une deuxième pause bien méritée dans l’eau délicieuse. Cette fois-ci c’est nous qui prîmes en chasse les canards trop curieux.

Retour à bord et arrivée dans une nouvelle cité, Köpenick. Ses bâtiments abandonnés, ses nouveaux logements de standing avec balcon, sa mairie, son église, ses taulards (du moins c’est ce que nous avons supposé) qui jouaient au volley au bord de la rivière…
Déjà le port se profile au loin, suffisamment loin pour nous laisser le temps de repérer une villa et des entrepôts qui semblent abandonnés.
La manœuvre pour ranger le bateau à sa place dans le port est encore plus délicate que lors de notre départ. Un marin de la société de location vient à notre rescousse. Nous accostons en un seul morceau sur le quai, prenant soudain conscience que l’air est chaud et que l’on a certainement pris des coups de soleil. Le vent du large nous avait trompé et donné l’impression que la canicule était passée.

Malgré la fatigue bien compréhensible après une telle aventure nous décidons d’aller voir de plus près la villa qui semblait abandonnée. Nous marchons 5 minutes et nous retrouvons devant le portail signé BVB. Il y a des stores tout à fait modernes aux fenêtres du premier étage, un nom sur la boîte aux lettres et une pancarte indiquant que la villa est surveillée. Donc non, le bâtiment est loin d’être à l’abandon même si sa façade ne semble pas en grande forme. Alors que les questions se multiplient et que je réfléchis aux mots clés que je vais taper sur Google pour avoir des infos sur cette étrange villa, un cycliste s’arrête à notre hauteur. Il nous explique que cette villa hébergeait les bureaux de la BVB, version est-allemande de la BVG (société de transport berlinoise) et qu’aujourd’hui elle est habitée par des particuliers. Nous repartons enfin à Berlin en attrapant de justesse le tramway qui ne passe que toutes les 20 minutes. Il faudra revenir, nous sommes certains que les rives de la Spree cachent encore bien des mystères oubliés.
3. Week-end sur un Houseboat
Les bootshaus, ces bateaux en forme de petite maison, sont de plus en plus fréquents sur les rives de la Spree, de la Havel et des lacs du Brandenburg. Avec B. cela faisait longtemps que nous rêvions de passer un week-end sur l’eau et c’est finalement lui qui prit l’initiative et m’offrit cet énorme cadeau pour mon anniversaire.
Je ne saurai vous dire où était amarré le bateau, quelque part au bord de la Havel, au fin fond du Brandenbourg… ni le nom de la compagnie de location, d’une part parce que c’était un cadeau donc je ne connaissais pas les détails, et d’autre part car quelques déconvenues ne me donnent pas envie de leur faire de la publicité. Malgré ces quelques mésaventures dont nous rions encore aujourd’hui, ce week-end fut idyllique et je ne peux que vous conseiller de vous jeter à l’eau, du moins de tester l’un de ces bootshaus.
Nous sommes donc partis un vendredi après-midi dans un train régional en compagnie de nos vélos et d’un petit bagage. Vélos très utiles car le bateau était amarrés à plusieurs kilomètres de la station de train. La balade en vélo d’une petite vingtaine de minutes était charmante. Arrivé au petit port, B. était censé suivre une formation de quelques heures avant de pouvoir prendre possession du bateau. Nous fûmes accueillis par un monsieur fort sympathique, bien qu’un peu grivois, qui nous fit le tour du propriétaire et nous donna une fiche avec les panneaux signalétiques et leur signification… et c’en fut fait de la formation que B. avait dû payer en extra et censée être obligatoire car il n’a pas de permis bateau. Le monsieur nous recommanda de bien bien jeter les deux ancres, une petite et une grande, afin de maintenir le bateau en place.
Nous allâmes en vélo jusqu’à un supermarché pour faire nos provisions du week-end. Sur le chemin du retour la pluie commença à tomber et nous arrivâmes juste à temps pour nous réfugier dans le bateau. Un formidable orage éclairait le ciel et les eaux sombres, le vent faisait tanguer le bateau et les roseaux. Quand le temps se calma, nous décidâmes de quitter le port et de nous mettre au vert, dans une crique abritée du vent.

Je me jetai à l’eau pour la première fois de l’année, mais remontai aussitôt car le froid était saisissant. Heureusement B. avait loué un Bootshaus de luxe avec sauna !! Le démarrage pour lancer le feu qui l’alimentait avait été un peu compliqué, mais nous y parvînmes grâce à des cubes allume-feu que nous avions trouvés au fond d’un placard.
La soirée se déroula dans la plus grande sérénité. Avant de nous coucher, B. vérifia les ancres car le vent se levait. Quand il tira sur la petite ancre, il n’y eut pas de résistance et il remonta une corde au bout vide ! L’ancre avait disparu…. il semble que le dernier marin à avoir noué la corde à l’ancre n’avait pas bien fait son boulot.
Au milieu de la nuit, nous fûmes réveillés par le vent et les clapotis furieux qui résonnaient sous le bateau. En jetant un oeil dehors, nous nous rendîmes compte que nous nous approchions des roseaux. Nous décidâmes d’attendre le jour et la fin de l’orage pour tenter une action de sauvetage. Le matin, nous nous réveillâmes tôt pour constater que nous étions au milieu des roseaux. La situation était critique, nous pensions que nous allions devoir appeler à l’aide et être remorqué penaud au port situé à seulement quelques centaines de mètres. Mais B. nous sauva en parvenant à rallumer le moteur et à nous faire rejoindre le large. Nous pouvions enfin débuter notre croisière sur la Havel sous un ciel bleu.

La matiné se passa sans encombre, le rythme lent du bateau nous permettait de profiter du paysage et de la nature. Je prenais même les commandes et me découvrais une nouvelle passion pour la navigation sur fleuve. Le midi nous avisâmes un restaurant sur le rivage. Grâce aux talents de pilote de B. et aux conseils avisés du tenancier qui nous guida pour que nous puissions garer notre bateau, nous pûmes mettre pied à terre et déguster des poissons. L’après-midi se déroula au même rythme et dans la belle plénitude procurée par le voyage tranquille sur les eaux. Le soir nous pûmes nous poser sur un petit lac protégé à l’écart du fleuve et préparer un barbecue sur le toit du bateau tout en regardant le coucher du soleil. Instants magiques et nuit paisible. Un dimanche bleu sur l’eau et sous le ciel limpide… un bouquin au soleil, une baignade frileuse, un brunch sur le pont…

Finalement je n’ai pas envie de relater le retour au port, un peu compliqué parce que la société de location voulait nous faire payer l’ancre mal attachée. Ce qui reste de ce week-end de printemps, ce sont les beaux moments près de la nature… qui donne envie de reprendre le large !
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